Un séjour à Paris, trois tentatives et un changement de voie

Un séjour à Paris, trois tentatives et un changement de voie

En mars 2016, j’étais venue passer une semaine de vacances à Paris, pour flâner, respirer l’air du printemps et trouver un peu d’inspiration. En me promenant dans le Quartier latin, je suis entrée, sur une impulsion, dans le bâtiment historique de la Sorbonne. À l’entrée, j’ai expliqué que je souhaitais me renseigner sur les conditions d’admission.

J’ai trouvé le bureau qui renseignait les étudiants étrangers et frappé à la porte. Une dame très aimable m’a accueillie, m’a donné une brochure et expliqué les démarches à suivre pour présenter ma candidature via Campus France.

Je suis ressortie avec des informations et une envie bien plus concrète d’étudier en France. Je savais par où commencer.

À l’époque, je travaillais depuis plusieurs années dans le domaine juridique en Russie. Poursuivre en master de droit me semblait être la suite logique. J’ai constitué mon dossier et présenté mes premières candidatures en 2016. Elles ont été refusées.

C’est ensuite que j’ai découvert le Collège universitaire français de Moscou, au sein de l’université d’État de Moscou. Des enseignants d’universités françaises y donnaient des cours en sciences humaines. Il fallait choisir deux disciplines parmi cinq : j’ai choisi le droit, naturellement, et la philosophie, par curiosité.

Pendant ma première année au Collège, j’ai de nouveau candidaté en droit en France, sans succès. Mais, au fil des cours, mon projet commençait à changer.

J’attendais les cours de philosophie avec un intérêt que je n’avais pas anticipé. J’aimais les discussions et les questions auxquelles je continuais à réfléchir en rentrant chez moi. Dans ma formation juridique, j’avais pris l’habitude de m’appuyer sur les textes et les travaux de référence pour fonder mes conclusions. Ici, je découvrais davantage de place pour développer mon propre raisonnement, le défendre et accepter qu’il soit discuté.

Mon professeur, Karl Sarafidis, a beaucoup compté. Son enseignement m’a donné envie d’aller plus loin dans cette discipline. Après des années de pratique juridique, envisager une autre voie me surprenait moi-même. Je ne savais pas ce que j’en ferais professionnellement, mais j’avais envie de poursuivre.

Après nos soutenances de deuxième année au Collège, il nous avait écrit : « Gardez cette passion pour le concept et le questionnement, sauvegardez dans votre passion l’inquiétude qui ne laisse jamais en repos. Au centre du tourbillon il y a le repos.» J’ai gardé ce message.

En 2018, j’ai candidaté à plusieurs masters de philosophie. Cette fois, toutes mes candidatures ont été acceptées. J’ai choisi le master 2 recherche en philosophie politique et éthique à la Sorbonne.

En Russie, ma vie avait aussi changé. L’entreprise dans laquelle je travaillais avait fermé et j’exerçais depuis plus d’un an en freelance, dans la traduction et les prestations juridiques. Une relation importante s’était également terminée. J’avais envie de changement et, cette fois, les circonstances me permettaient de partir.

Le 27 septembre 2018, je suis arrivée à la Sorbonne directement de l’aéroport, avec ma valise : c’était le dernier jour pour finaliser mon inscription. J’ai reçu ma carte étudiante le jour même. La photo dans la cour a été prise à ce moment-là.

Après les dossiers, les refus et les nouvelles candidatures, j’y étais enfin.

Ce qui me fait sourire aujourd’hui, c’est que, parmi les différents masters qui m’avaient acceptée, j’avais choisi celui qui me ramenait dans ce même bâtiment. Je n’avais même pas fait le rapprochement au moment de mon choix.

Après le master, j’ai décidé de ne pas poursuivre en doctorat et de trouver ma place sur le marché professionnel français. En 2020, pendant la pandémie, mon projet autour des langues a mûri, puis s’est concrétisé rapidement : j’ai créé ma propre entreprise.

J’ai développé des formations en anglais des affaires et en anglais juridique, auxquelles j’ai associé le coaching en communication. J’aide les professionnels à préparer leurs échanges, mais aussi à trouver leur propre voix dans une autre langue et à exprimer leur personnalité. En parallèle, je propose des prestations de traduction et d’interprétation, avec le français, le russe, l’anglais et l’espagnol comme langues de travail.

Peu à peu, je voyais comment mon expérience juridique, les langues et la philosophie pouvaient se rejoindre dans mon travail. C’est ce qui me parle dans l’idée de « connecting the dots », évoquée par Steve Jobs dans son discours aux diplômés de Stanford : certains liens ne deviennent visibles qu’avec le recul.

Je n’avais pas de plan d’ensemble en frappant à cette porte en mars 2016. Il y a eu des doutes, des peurs et beaucoup de travail pour mieux comprendre ce que je voulais. Mais je me souviens de l’envie qui m’a poussée à entrer. Aujourd’hui, je suis heureuse de l’avoir prise au sérieux.

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