Entre système et liberté

Réflexion sur les générations, l’identité professionnelle et la recherche de ses propres repères

La semaine dernière, j’ai mené des entretiens en ligne avec des étudiants postulant à des programmes de bachelor et de master dans l’une des écoles de commerce les plus prestigieuses de France — KEDGE Business School.

Mon rôle consistait à évaluer non seulement leur niveau d’anglais, mais aussi leur manière de s’exprimer, de structurer leur pensée et de parler de leurs objectifs professionnels.

Parmi les candidats, il y avait des jeunes venus du Sénégal, du Congo, du Panama, d’Arabie saoudite, du Maroc, du Liban, de Tunisie et de nombreux autres pays.

Et une chose m’a particulièrement frappée.

Beaucoup d’entre eux — à seulement 17 ou 20 ans — disaient très naturellement :

« J’aimerais créer mon entreprise. »
« Je veux travailler pour moi-même. »
« Il est important pour moi de préserver ma liberté. »

Sans emphase.
Sans avoir l’impression que cela relevait d’un rêve inaccessible ou d’un risque excessif.

Pour eux, cela semblait tout simplement naturel.

Et cela m’a fait réfléchir à la manière dont notre génération avait été éduquée.

Même dans des institutions très exigeantes comme le MGIMO, la réussite était longtemps associée avant tout à l’appartenance à une grande structure : une organisation internationale, une grande entreprise, une institution reconnue.

On vous choisissait.
Vous faisiez partie du système.
Vous correspondiez à ses critères.

Et cette vision avait sa logique.

Elle apportait une forme de stabilité, de reconnaissance professionnelle et une trajectoire claire. Elle forgeait aussi la discipline, l’exigence envers soi-même et la capacité à évoluer dans des environnements internationaux complexes.

Je comprends profondément la valeur de ces deux modèles, parce que j’ai moi-même traversé les deux.

Après mes études au MGIMO, j’ai travaillé au sein de grandes structures internationales avant de m’installer en France grâce à un master et de construire progressivement ma propre activité entre les langues, les cultures et les pays.

Et c’est précisément en créant mes propres projets, mes programmes et mon propre format de travail que j’ai ressenti, pour la première fois, non seulement une indépendance professionnelle, mais aussi une sensation beaucoup plus profonde d’être en accord avec moi-même.

Non pas un statut extérieur, mais un véritable ancrage intérieur.

Avec les années, j’ai commencé à voir émerger un autre modèle.

Un modèle dans lequel une personne ne cherche pas nécessairement à intégrer une structure existante. Elle peut aussi créer la sienne.

Ne plus seulement chercher sa place dans le système, mais devenir soi-même le centre de sa propre trajectoire professionnelle.

Et j’ai l’impression qu’aujourd’hui, de plus en plus de jeunes s’autorisent à penser ainsi.

Pour eux, la liberté n’est pas une idée abstraite.
Elle fait partie de leur manière de penser leur avenir professionnel: choisir leurs projets, combiner plusieurs activités, changer de pays, construire leur propre rythme de vie et de travail.

Cela ne rend pas un modèle supérieur à l’autre.

Les grandes structures continuent d’apporter une expérience immense, des réseaux, un esprit d’équipe et une véritable école professionnelle.

Mais le monde contemporain montre de plus en plus clairement l’importance des repères intérieurs :
la capacité à construire sa propre trajectoire, à prendre ses décisions, à créer ses projets et à ne pas lier entièrement sa valeur à son appartenance à un système.

La liberté professionnelle commence au moment où l’on cesse de chercher uniquement une validation extérieure et où l’on commence à s’appuyer sur sa propre identité, son expérience et sa capacité à créer quelque chose qui nous ressemble.

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